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Valorisation de la recherche publique : quelques réflexions (1) Quelques rappels

27 Janvier 2014 , Rédigé par innopi.over-blog.com

L'importance du sujet des partenariats entre institutions publiques de recherche et entreprises est maintenant largement reconnue. Il est souvent abordé sous un angle particulier : celui d'inventions et de découvertes réalisées dans le cadre de la recherche publique et qui seraient ensuite transformées en innovations par des entreprises (soit déjà existantes, soit créées à cette fin). Pourtant, toutes les études réalisées sur ce thème ont montré que les relations entre universités et entreprises étaient beaucoup plus riches que cela. Ce contraste entre la relative pauvreté des indicateurs utilisés et le potentiel de ces relations m'a conduit à mener quelques réflexions. Ces dernières sont notamment fondées sur une première étude menée de ma propre initiative, puis dans le cadre d'un projet en collaboration avec l'ASPI, sur le rôle des droits de propriété intellectuelle dans ces relations, puis une deuxième sur ces relations prises dans leur ensemble, en partenariat avec le MEDEF. Ces réflexions ont fait l'objet de plusieurs publications avec des collègues dont la plus directement concernée par le sujet abordé ici a été publiée en 2011 dans la Revue française d'administration publique. Je souhaite faire part ici, d'une manière moins "académique" et plus concrète, de quelques réflexions complémentaires, alimentée par des discussions avec des praticiens de l'innovation et de la PI, et notamment avec Francis Hagel.

Avant de livrer ces propositions concrètes, je souhaite faire quelques rappels fondamentaux concernant les indicateurs en général. Il faut en effet garder à l’esprit, dès lors que l’on travaille sur des indicateurs, que ces derniers sont rarement (pour ne pas dire jamais) neutres, ce pour plusieurs raisons :

  • Ce sont des instruments réducteurs de mesure de la performance : un indicateur est généralement choisi parce qu’il est mesurable et qu’il reflète une tendance jugée désirable (ou au contraire indésirable). Il faut garder à l’esprit que ce n’est qu’un reflet imparfait de ce que l’on souhaiterait idéalement mesurer. D’où l’utilisation préférable de systèmes d’indicateurs, qui limitent un peu les biais que peut comporter un seul indicateur.
  • Les instruments de mesure de la performance sont rarement simplement utilisés à des fins descriptives. Ils sont généralement associés à des systèmes d’incitation. Il s’agit donc d’instruments de gestion, qui ont pour but et pour effet d’influencer les comportements. Mais attention, si les indicateurs prennent trop d’importance dans cette évaluation, l’atteinte des objectifs associés à ces indicateurs peut prendre le dessus sur le but plus global poursuivi (par exemple le dépôt de brevets en soi peut prendre le dessus sur ce qu’il est censé refléter : des liens plus forts entre recherche académique et R&D industrielle).
  • Dès lors, il s’agit d’outils de motivation, ce qui implique de ne pas leur donner une importance exagérée (la motivation intrinsèque est reconnue comme plus efficace que la motivation externe, fondée sur les systèmes d’incitation). Mais cela implique également d’associer les indicateurs de mesure de la performance à des facteurs réellement maîtrisables par les acteurs dont on mesure la performance. Concrètement, dans le cas des indicateurs de mesure des effets de la recherche publique, s’il est souhaitable de mettre en place des indicateurs d’impact économique global, il faudra prendre garde à ne pas l’utiliser pour mesurer la performance d’acteurs qui n’ont qu’une influence limitée sur ces derniers. Par exemple, un projet de transfert technologique entre un laboratoire public et une entreprise peut n’avoir in fine qu’un impact limité sans que le laboratoire public soit en cause.

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