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Au-delà du mythe du brevet... quelques compléments

9 Février 2014 , Rédigé par innopi.over-blog.com

Les faits : Dans un article récent Marc Baudry et Stéphane Buttigieg remettent en cause la validité du brevet comme instrument d'évaluation de l'innovation.

Source : "Evaluer l'innovation : au-delà du mythe du brevet", Les Echos, 27-28 décembre 2013 (l'article est également disponible en ligne sur lesechos.fr).

Commentaire : Il serait difficile de contester l'argument des auteurs selon lequel le brevet est un piètre instrument de mesure de l'innovation des entreprises. Ils ont raison d'indiquer qu'un brevet couvre une invention qui peut très bien ne générer aucun chiffre d'affaires. Ils rappellent également à juste titre qu'une entreprise peut sciemment éviter de breveter pour ne pas divulguer des informations qu'elle pense pouvoir garder secrètes.

Mais ce n'est là qu'une partie du problème : certains brevets couvrent des inventions majeures et incontournables tandis que d'autres portent sur des petites améliorations de l'existant. Il est difficile de leur donner le même poids (les économistes ont d'ailleurs développé quelques méthodes pour essayer d'évaluer la "qualité" d'un brevet). Mais cela permet de mettre en oeuvre des stratégies de brevetage massif destinées, soit à décourager la concurrence du fait du risque trop élevé de contrefaire l'un d'entre eux, soit à mieux négocier avec ses concurrents pour préserver sa liberté d'exploitation. Dans ce cadre, le dépôt de brevets devient un but en soi (même s'il s'agit d'un but intermédiaire) et est encore plus décorrélé de l'innovation. Et cela est tout à fait valable dans une économie industrielle.

Le coeur de leur argument est en effet que nous évoluons vers une économie de service où l'essentiel de l'innovation se fait au niveau de l'organisation et de la distribution, en étroite relation avec les clients, ce qui fait du brevet un instrument de mesure d'autant plus obsolète. C'est vrai. Mais cela ne veut pas dire que le brevet n'a plus sa place dans une économie tertiarisée : les technologies de l'information, sur lesquelles s'appuient de plus en plus souvent les services sont à l'origine de très nombreux dépôts de brevets. C'est vrai pour le matériel mais aussi pour les logiciels, notamment aux Etats-Unis, pays où l'on peut également obtenir un brevet pour une "business method".

Il est donc exact qu'utiliser le seul nombre de brevets déposés comme évaluation du niveau d'innovation d'une entreprise peut conduire à des conclusions trompeuses. Mais c'est pratiquement aussi vrai dans un contexte industriel que dans une économie de services.

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