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Fiche de lecture : Huber (1991)

1 Mai 2014 , Rédigé par innopi.over-blog.com

Fiche de lecture : Huber, G.P. “Organizational Learning: The Contributing Processes and the Literatures”, Organization Science, vol.2, n°1, 1991, p.88-115

Résumé : L’auteur propose une revue critique de la littérature sur l’apprentissage organisationnel. Il insiste sur sa fragmentation et structure donc son article autour des grandes thématiques qu’il identifie en en soulignant à chaque fois les lacunes et donc les voies de recherche pour l’avenir.

La première grande thématique est celle de l’acquisition de connaissances. Il la découpe en sous-domaines faisant chacun l’objet de travaux spécifiques. L’apprentissage congénital est ainsi celui qui constitue la base de connaissances d’une organisation lors du démarrage de ses activités. Il provient des connaissances de ses créateurs ainsi que de celles qui ont pu être acquises pendant la phase de préparation du lancement de ses activités. Le deuxième type d’acquisition est lié à l’expérience. L’apprentissage expérimental est associé soit la mise en œuvre volontaire d’expérimentations, soit plus fréquemment à des retours d’expérience sur des évènements vécus au sein de l’organisation qu’ils soient intentionnels ou non. L’auteur associe également l’apprentissage par l’expérience à d’autres types de travaux portant d’une part sur l’auto-évaluation (courants de la recherche-action et du développement organisationnel) et d’autre part sur celui des organisations en expérimentation permanente telles qu’elles ont été notamment défendues par Starbuck. Il note enfin qu’il comporte une part non-intentionnelle, peu formalisée tandis qu’au contraire d’autres travaux plus systématiques sont tournés vers la mesure des effets de l’apprentissage, notamment à travers le concept de courbe d’expérience. C’est la partie la plus développée de l’article. Il consacre toutefois également des parties à d’autres sources d’acquisition de connaissances : par autrui (vicarious learning), à travers l’imitation ; par greffes (grafting learning), qui prennent la forme de recrutements ou d’acquisitions d’organisations détentrices des connaissances visées ; ou encore par recherche active ou par attention à des signaux dans l’environnement (noticing). Il souligne notamment le manque de capitalisation des travaux entre ces différents courants de recherche.

Il s’intéresse ensuite à la distribution de l’information dans l’organisation, qui détermine à la fois les potentialités d’apprentissage (par combinaison de différentes briques de connaissances) et sa profondeur (capacité à partager les mêmes bases, amenant ensuite à des interprétations davantage convergentes). Ce champ de recherche est selon lui plus mature mais il note le peu de travaux portant sur la manière dont les détenteurs d’informations peuvent identifier ceux pour qui elles seraient pertinentes et comment ceux qui ont besoin d’informations peuvent identifier ceux qui les détiennent.

Les connaissances ainsi acquises et diffusées au sein des organisations sont ensuite interprétées pour influencer les décisions et l’action. Il insiste sur l’importance que jouent les cadres conceptuels préalables (cartes cognitives) et passe également en revue les travaux sur l’influence de la richesse des médias utilisés pour transmettre l’information sur leur interprétation, ainsi que sur les effets de la surcharge d’informations. Il aborde enfin le concept de désapprentissage mais montre qu’il s’agit en fait d’une manière de présenter un processus d’apprentissage. Il insiste surtout sur le besoin de nouvelles études empiriques dans ce champ.

Il termine son article par une revue des travaux sur la mémoire organisationnelle qu’il estime peu développés au regard de l’importance de cette variable, qui influence les trois autres. Il insiste notamment sur les nouvelles possibilités offertes par l’informatique et les systèmes experts.

La conclusion reprend les principales critiques formulées et insiste sur la fragmentation du champ, en avançant certaines explications au fait que ce champ de recherche ne s’applique pas à lui-même les préconisations qui découlent de ses recherches, ce qui débouche sur une faible capitalisation des connaissances. Il regrette enfin que ces travaux n’aient pas fait l’objet d’une diffusion davantage orientée vers les praticiens.

Commentaire : Un article dont on peut conseiller la lecture à quelqu’un qui débute des travaux sur l’apprentissage organisationnel. Cette revue de littérature est à la fois très large et assez critique. Elle permet ainsi de bien appréhender la structuration originelle du champ et les auteurs de référence de chaque thématique et courant. Elle ouvre aussi la voie à de nombreuses pistes de recherche (même si certaines ont été approfondies depuis).

Je regrette pour ma part que l’auteur n’ait pas été plus loin pour matérialiser la volonté d’intégration sous-jacente à son papier. Alors qu’il montre bien tout au long du texte les liens qui existent ou devraient exister entre les différentes thématiques, il ne propose in fine pas de modèle intégrateur.

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