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La dictature des classements

29 Août 2016 , Rédigé par Pascal

Les faits : 10 groupes français figurent dans le top 100 du classement Thomson Reuters des entreprises les plus innovantes.

Source : "Dix groupes français dans le Top 100 de l'innovation", Les Echos, 12 novembre 2015.

Commentaire : Le titre de l'article des Echos est éloquent. On oublie la méthodologie très particulière de ce classement (néanmoins présentée dans l'article), qui disqualifie automatiquement les entreprises qui compteraient peu sur les brevets pour protéger leurs inventions et favorise les grandes groupes au détriment des start-up (qui sont, elles, favorisées par d'autres types de classements). Figurer dans un tel classement devient donc réellement synonyme d'être l'un des groupes les plus innovants au monde.

Suffisamment pour infléchir la stratégique de certains d'entre eux ? Apparemment pas selon les discussions qui ont eu lieu lors d'un petit déjeuner organisé par le cabinet Lavoix sur le sujet en avril dernier. Mais assez, visiblement, pour attirer l'attention des dirigeants en cas de sortie du classement. Alors quelle influence pour ce type de "ranking" ?

La volonté de se comparer aux autres semble assez naturelle et tend logiquement à se renforcer dans une société guidée par la performance. Rien d'étonnant à cela. On voit donc fleurir un peu partout des "rankings". L'important est alors pour les institutions qui font l'objet de ces classements de ne pas oublier leurs buts fondamentaux au profit des indicateurs utilisés pour réaliser ces classements. Il faut en effet toujours garder à l'esprit qu'un indicateur ne reflète toujours qu'imparfaitement la réalité qu'il cherche à mesurer. Mais ce constat de bon sens ne vaut que si chacun prend ces classements avec cette "évidence" à l'esprit. Car si on commence à les utiliser pour choisir ses fournisseurs ou ses partenaires, si les chercheurs de haut niveau commencent à préférer les entreprises bien classées... alors l'indicateur finit par précéder la réalité.

Ce phénomène reste sans doute assez marginal pour les entreprises (non que la dictature des indicateurs y serait moins forte qu'ailleurs : c'est sans doute l'inverse - néanmoins d'autres indicateurs, notamment financiers, y prédominent) mais pas nécessairement dans d'autres domaines. C'est particulièrement le cas au niveau académique où la présence dans les classements reconnus contribue effectivement à attirer les meilleurs chercheurs et doctorants. C'est à se demander si je ne devrais pas essayer de publier dans des revues prises en compte dans le classement de Shanghai pour aider mon université à passer de la deuxième à la première place française plutôt que d'écrire ces articles pour mon blog (je plaisante, encore que...).

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