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Ago-antagonisme positivisme/constructivisme : quelques formes de travail épistémique

29 Août 2010 , Rédigé par innopi.over-blog.com Publié dans #Publications : résumés et liens

Corbel, P. ; Denis, J.P. et Payaud, M. « Ago-antagonisme positivisme/constructivisme : quelques formes de travail épistémique » in A.C. Martinet, Sciences du management – Epistémique, pragmatique et éthique, Vuibert, Paris, février 2007, p.261-284

 

Résumé (introduction) : Comme le montrent les études bibliométriques, l’ouvrage Epistémologies des Sciences de Gestion publié en 1990 est devenu une référence incontournable pour les chercheurs francophones en management stratégique [1]. Par la qualité des contributions et efforts d’approfondissement qu’il a inspirés, force est de reconnaître qu’il a contribué à placer la réflexion épistémologique au centre des débats en sciences de gestion et singulièrement en management stratégique.
L’ouvrage était présenté comme « une balise, une première, un envoi » (p.X). Effectivement, la plupart des travaux se réclamant d’une posture constructiviste s’y réfèrent explicitement. Charreire et Huault [2] montrent cependant que ses principes et ses exigences ne sont pas toujours clairement compris ni intégrés dans les travaux, en particulier doctoraux.
Ceux-ci en retiennent souvent l’idée selon laquelle cette attitude vis-à-vis de la production de connaissance se justifie principalement par son opposition à la posture positiviste associée à la figure d’Auguste Comte. Cependant, il y était proposé qu’en stratégie, seul l’entretien sur la durée d’une attitude dialogique (au sens d’E. Morin) entre postures à dominante disjonctive et analytique d’un côté, synthétique, holiste et à visée d’aide à la conception de l’autre était susceptible de produire des connaissances simultanément praticables et robustes [3].
Dans ces conditions, il serait dommageable d’en rester à une opposition trop tranchée qui, si elle n’était pas dépassée, porterait le risque d’en devenir stérile. Ce chapitre propose d’étayer cette thèse et surtout de la prolonger par une réflexion sur les modalités concrètes de dépassement du clivage positivisme / constructivisme inspirées des principes de la systémique ago-antagoniste développée, depuis plus de quinze ans, sous la conduite d’E. Bernard-Weil.
Après une analyse approfondie des motifs du clivage positivisme / constructivisme, conduisant à justifier son dépassement dans le cas du management stratégique, trois voies pour y parvenir seront successivement présentées. Toutes font appel aux concepts centraux de la systémique ago-antagoniste comme celui d’équilibration (au sens de J. Piaget) et de maintien en tension dynamique de couples réputés opposés. Les trois pistes esquissées ont pour point commun de vouloir aider à la gestion de cette tension. La première propose d’appréhender le processus de production de connaissances d’intention scientifique comme un flux oscillant entre des dominantes épistémiques de natures différentes. La deuxième propose que le recours à la production de configurations constitue une voie fertile pour gérer le couple simplification / complexification et ainsi aider l’activité de conception. La troisième, analyse les apports potentiels d’une approche en termes de systèmes propositionnels.

[1] Boissin, J.P. ; Castagnos, J.C. et Guieu, G. (2001) « Ordre et désordre de la pensée stratégique » in Martinet, A.-C. et Thiétart, R.-A., coord., Stratégies – Actualité et futurs de la recherche, Vuibert, p.27-42
[2] Charreire, S. et Huault, I. (2002) « La recherche constructiviste en sciences de gestion : quelle cohérence épistémologique ? » in I. Dostaler, H. Laroche et O. Boiral (dir.), Perspectives en management stratégique - tome VIII, Management & Société, p.265-279
[3] Martinet, A.-C. (1990b) « Epistémologie de la stratégie » in A.C. Martinet (dir.), Epistémologies et Sciences de Gestion, Economica, p.235.
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The patent as multi-facetted strategic tool

26 Août 2010 , Rédigé par innopi.over-blog.com Publié dans #Publications : résumés et liens

Corbel, P. et Fernandez, F. « The patent as multi-facetted strategic tool », Patent World, n°187, novembre 2006, p.23-27

 

Abstract : Previous analyses of patents have often been limited to stressing the two chief uses of the patent. The first, offensive, use is to prevent the imitation of technology used in products or manufacturing processes; the second, defensive, use is to reduce the risks of finding ones way forward closed off by competitors. Nowadays there is admittedly often a third use that is being increasingly developed, namely that a patent enables its owner to obtain royalties. But these three uses hardly cover all the uses of a patent and it is our aim in this article to identify these uses in a fuller, more structured way. This will give industrial property managers an overview of the different roles the patent can play and ensure that they are all being used to the best advantage. This article, which lists and explains the uses of patents, is also intended for non-specialists, in particular business managers for whom filing a patent is too often seen as a necessary cost rather than as a genuine investment.

 

Lien : L'article est disponible pour les abonnés de la revue.

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Synthèse du programme MINE France : vers une (re)conception de la gouvernance des SI ?

26 Août 2010 , Rédigé par innopi.over-blog.com Publié dans #Publications : résumés et liens

Denis, J.P. et Corbel, P. « Synthèse du programme MINE France : vers une (re)conception de la gouvernance des SI ? », Cahiers du CIGREF n°3, octobre 2006, p.45-68

 

Résumé : Cet article est issu du croisement d’une réflexion théorique s’écartant quelque peu des références généralement utilisées dans la recherche en systèmes d’information et de l’analyse de quatre monographies approfondies réalisées dans le cadre du programme MINE France, complétées par des entretiens dans plusieurs autres organisations, publiques et privées. Partant d’une interrogation initiale sur l’articulation entre SI, innovation et création de valeur, nous avons été progressivement amenés, au fil de nos investigations, vers plusieurs questions fondamentales liées au rôle du DSI : sur quels critères repose l’évaluation des investissements en SI ? Sont-ils réellement tournés vers la création de valeur ? Ces investissements peuvent-ils seulement être évalués ? Quelle place accorder à la gestion des risques dans ces investissements et dans la fonction même de DSI ?

Au vu de la diversité et de la profondeur de ces interrogations, on est en droit de revenir à une question plus fondamentale encore : comment (c’est-à-dire selon quels principes et quels critères) assurer une gouvernance viable des systèmes d’information ?
L’objectif de cet article est de poursuivre la réflexion engagée dans notre précédente contribution, centrée notamment sur le concept de modèle d’affaires, et de l’approfondir sur cette problématique fondamentale que connaissent tous les DSI, notamment des grandes entreprises. Dans cet objectif, un retour sur l’essence même de l’entreprise – forme organisationnelle certes, mais aussi (et surtout…) acte entrepreneurial – permet d’aboutir à une grille de lecture spécifiquement élaborée dans le cadre du programme MINE France. Appliquée ensuite aux cas d’entreprises étudiées, elle met en évidence plusieurs points essentiels qui seront détaillés dans le papier.
Ainsi, contrairement aux discours en vogue au début du millénaire sous l’impulsion de la vague des technologies Internet, les investissements en SI apparaissent, dans leur immense majorité, décidés et déployés dans un souci de contribution à l’atteinte d’une valeur largement considérée comme une donnée. Il s’agit d’un principe que l’on qualifiera, après Joffre et de Montmorillon [1], d’« efficience-coût » selon une logique classique d’économie. Toutefois, ce que montrent aussi ces études de cas, c’est que, une fois réalisés, ces investissements en SI sont aussi porteurs d’effets non anticipés et dès lors susceptibles de servir à autre chose que prévu au moment de la décision d’investissement. A l’extrême, ces effets sont susceptibles de profondément modifier, voire renouveler, la valeur même du projet entrepreneurial. On parlera ici d’efficience selon une logique de création de valeur, cette dernière étant largement incertaine puisque par nature difficile à anticiper.  
Ce constat, qui rejoint des avancées théoriques essentielles de la recherche en management ces dernières années, justifiera de s’interroger sur la pertinence, voire la nécessité, de (re)concevoir les principes comme les critères de la gouvernance des SI dans l’entreprise. Ceci sera justifié par une volonté de dépassement de la seule logique de l’efficience-coût, toujours majoritairement privilégiée – notamment sous la pression des marchés financiers – pour que soient aussi intégrées et appréhendées les conditions de l’efficience selon une logique de création de valeur.

 

Lien : Le cahier de recherche du Cigref n°3 peut être téléchargé sur le site de l'association.

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Vers une chaîne de valeur centrée sur le savoir ?

26 Août 2010 , Rédigé par innopi.over-blog.com Publié dans #Publications : résumés et liens

Corbel, P., Vers une chaîne de valeur centrée sur le savoir ?, synthèse des travaux en vue de l'obtention de l'habilitation à diriger des recherches sous la coordination du Professeur P. Hermel, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, septembre 2006

 

 Résumé : Ce document présente une réflexion sur nos travaux de recherche, en retraçant leurs fondements théoriques et épistémologiques. Leur principal dénominateur commun est l’omniprésence du savoir. Des caractéristiques de l’industrie électronucléaire, étudiée dans le cadre de la thèse aux droits de la propriété intellectuelle en passant par les compétences (qu’elles soient individuelles ou organisationnelles) et la constitution de « capacités dynamiques » au sein des entreprises et des organisations, il est toujours question de « savoir » au sens large. Cela nous a conduit à mener une réflexion approfondie sur les implications d’une recherche en management stratégique des entreprises centrée sur le savoir, qui constitue le fondement de notre première partie, puis à établir un véritable cadre de synthèse pour donner un nouveau sens à nos travaux.
Bien que le contexte actuel soit souvent qualifié d’économie de la connaissance, le raisonnement stratégique en termes de chaîne de valeur reste centré sur les opérations de transformation physique, conduisant à fabriquer un produit à partir de composants achetés auprès de fournisseurs et à l’amener auprès de clients. Cela nous conduit à proposer un raisonnement en termes de chaîne de valeur centrée sur le savoir. Nous empruntons à J.P. Bréchet et A. Desreumaux [1] l’idée d’un cycle exploration – intégration – exploitation et nous le transposons à l’entreprise. Ces étapes deviennent alors les phases essentielles d’une chaîne de valeur tournée vers le savoir. Les fonctions de soutien s’en trouvent également modifiées : le système d’information, la gestion des ressources humaines et la fonction financière se trouvent plus particulièrement mises en exergue. Le modèle esquissé ici améliore, nous l’espérons, l’intelligibilité de nos recherches : une fois celui-ci formalisé, il devient évident que nous nous sommes toujours intéressés, dans nos travaux de recherche, aux interactions entre ces différentes étapes et avec les fonctions de support. Cela nous permet de transformer ce qui aurait pu n’être qu’un point sur un ensemble de travaux réalisés en un plan pour l’avenir, donnant un sens supplémentaire à nos recherches futures.

 

[1] Bréchet, J.-P. et Desreumaux, A. (2002) « Sciences de gestion et pratiques de management – Le cas du management stratégique » in Réseau des IAE, Sciences de Gestion et Pratiques Managériales, Economica, p.7-22

 

Le document peut être obtenu auprès de l'auteur.

 

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Vers une théorie du brevet comme ressource stratégique

24 Août 2010 , Rédigé par innopi.over-blog.com Publié dans #Publications : résumés et liens

Corbel, P. et Fernandez, F. « Vers une théorie du brevet comme ressource stratégique », Cahiers de recherche du Larequoi, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, 2006/1, p.28-40

 

Résumé : Un instrument juridique permettant d’obtenir un monopole de longue durée (20 ans) sur une invention : telle est la manière dont un non-spécialiste a tendance à percevoir le brevet. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles il y a eu peu de travaux de théorisation sur le management stratégique de ce type de droit de la propriété industrielle et le brevet n’y est le plus souvent traité que comme un outil susceptible de permettre à une entreprise de s’approprier les bénéfices liés à l’innovation technologique.

Le but de cet article est de montrer que cette théorie dominante implicite est très restrictive et de proposer une approche alternative, plus globale, ancrée dans l’approche par les ressources. Le brevet est analysé comme une ressource nécessitant la mise en œuvre de compétences spécifiques pour contribuer à alimenter des capacités « génériques » susceptibles d’être à l’origine d’un avantage concurrentiel. Ce travail est le fruit d’une réflexion commune entre un chercheur et un praticien. Il s’agit donc d’une réflexion théorique en ce sens qu’elle n’est pas associée à une étude empirique spécifique mais elle reste néanmoins, grâce à cette collaboration, fortement ancrée dans la pratique.

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Hypercompétition, rentes et brevet : vers une nouvelle approche des stratégies de management des droits de la propriété industrielle

24 Août 2010 , Rédigé par innopi.over-blog.com Publié dans #Publications : résumés et liens

Corbel, P. « Hypercompétition, rentes et brevet : vers une nouvelle approche des stratégies de management des droits de la propriété industrielle », La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion, n°218, mars-avril 2006, p.45-51

 

Résumé : Le brevet est souvent associé, explicitement ou implicitement, aux rentes de monopole. Nous montrons qu’il peut aussi contribuer à générer des rentes ricardiennes et des rentes schumpeteriennes et qu’il a donc un rôle à jouer dans un contexte concurrentiel hypercompétitif. Nous tentons ensuite de mettre en relation environnement compétitif, stratégies de l’entreprise et rôles du brevet tout en soulignant le caractère complexe de ces interactions.

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Edison contre Westinghouse : la première bataille moderne pour un standard industriel

23 Août 2010 , Rédigé par innopi.over-blog.com Publié dans #Publications : résumés et liens

Corbel, P. « Edison contre Westinghouse : la première bataille moderne pour un standard industriel », Gérer et Comprendre, Annales des Mines, n°82, décembre 2005, p.70-77

 

Résumé : Les leviers permettant à une entreprise d’essayer d’imposer un standard industriel suscitent un intérêt croissant auprès des chercheurs. Les cas étudiés appartiennent le plus souvent à des industries liées à l’électronique. Cet article, à partir de sources secondaires historiques, montre que certains des facteurs mis en relief par les recherches récentes (recherche d’alliances, droits de la propriété intellectuelle, effets d’annonce…) se retrouvent déjà dans le cas de la compétition entre courant continu et courant alternatif à la fin du XIXe siècle.

 


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La photo numérique : un contre-exemple pour les modèles de diffusion de l'innovation ?

21 Août 2010 , Rédigé par innopi.over-blog.com Publié dans #Histoires d'innovations

Compte tenu de leur importance dans la croissance économique et dans la lutte concurentielle entre les entreprises, l'innovation a fait l'objet de très nombreuses recherches. Il en résulte un certain nombre de modèles décrivant l'évolution-type d'une innovation. Pour ce qui est de leur diffusion, c'est le modèle d'Everett Rogers, présenté dans son ouvrage de 1962, réactualisé à plusieurs reprises depuis ("Diffusion of Innovations") qui fait référence. Il découpe les consommateurs en différentes catégories qui sont atteints succesivement par l'innovation (voir la fiche sur le sujet sur le site innopi.fr). Les premiers, innovateurs et adopteurs précoces, ont un niveau d'éducation et de revenu supérieur à la moyenne, ce qui leur permet à la fois un accès à des technologies plus complexes à utiliser et plus coûteuses.

Le modèle d'innovation qui prédomine dès lors consiste, pour le lancement d'une innovation radicale, à proposer des produits ciblant cette catégorie avant, par l'effet d'expérience, les économies d'échelle et parfois la simplification du produit, de viser une cible de plus en plus large.

 

De ce point de vue, la photographie numérique propose une évolution singulière, sans pour autant contredire le modèle de Rogers. Ce marché est en effet segmenté selon des critères qui ne touchent pas seulement au niveau d'éducation et au revenu. Il y a d'une part des professionnels de la photo (qui peuvent eux-mêmes être découpés en plusieurs catégories), les amateurs chevronnés, qui cherchent, sans en faire leur métier, à faire de belles photos au sens esthétique, mais aussi technique du terme, et une masse plus importantes d'amateurs de photos-souvenirs, moins exigeants.

Avant l'avènement de la photographie numérique, l'offre est segmentée en fonction de ces caractéristiques : des appareils grands et moyen format utilisés essentiellement pour la photo en studio, donc par des professionnels, des appareils reflex pour les professionnels et les amateurs, et des appareils compacts très faciles d'utilisation. En parallèle, Polaroïd avait développé un marché pour la photographie instantannée, touchant principalement les amateurs peu exigeants, mais comportant également des appareils pour les professionnels (qui les utilisaient seulement pour faire des essais afin d'économiser les coûteuses pellicules pour appareils de studio).

 

Selon le modèle dominant, on aurait tendance à penser que la photo numérique a dû commencer par toucher les professionnels et les amateurs fortunés avant de se démocratiser. En réalité, il n'en est rien. La photo numérique est plutôt née comme un gadget pour amateurs peu exigeants. Et pour cause, d'un point de vue technique, elle cumulait tous les défauts (faible définition, capture peu nuancée des couleurs). Le premier appareil semi-numérique (capture par capteur CCD, mais conversion analogique des images, stockées sur un support magnétique) est ainsi proposé avec un capteur de 280 000 pixels en 1981 par Sony (il n'est alors proposé qu'au Japon). Les grandes marques de photo restent à l'écart du marché même si Canon finit par proposer un appareil de ce type en 1989, le Xapshot. C'est dans la première moitié des années 1990 que l'offre va réellement s'étoffer avec le Fotoman de Logitech ou le Quicktake d'Apple. La cible visée est celle des amateurs d'informatique, qui font partie de la minorité de la population alors équipée de micro-ordinateurs à leur domicile. Les caractéristiques techniques n'avaient alors pas énormément évolué depuis le Mavica de Sony, ce qui exclut clairement tous les photographes exigeants. Néanmoins, en parallèle, mais de manière assez marginale, s'était développé un marché destiné aux professionnels : il a d'abord pris la forme de dos numériques à ajouter à un appareil photo argentique. Le premier d'entre eux a été proposé par Kodak pour le Nikon F3 en 1991. Il était doté d'un capteur 1,3 millions de pixels. C'était considérable pour l'époque mais en limitait l'utilisation à des photos de petit format. Il avait surtout un intérêt pour faire des essais avant de prendre la "vraie" photo en argentique et pour les utilisateurs intensifs d'applications de PAO (publication assistée par ordinateur). Entre-temps étaient en effet apparus les premiers logiciels de retouche d'image (Photoshop d'Adobe en 1990).

 

Le marché s'était alors polarisé sur deux segments opposés : d'un côté les amateurs peu exigeants, de l'autre les professionnels, mais en complément de la photo argentique. Dans les deux cas, le segment le plus concurrencé a été la photographie instantannée. Des acteurs traditionnels du monde de la photo, c'est donc Polaroïd qui a été touché le plus vite et le plus durement. Cela ne contredit pas vraiment le modèle de Rogers car dans ces deux catégories, c'est probablement des consommateurs que l'on peut qualifier d'innovateurs, puis d'adopteurs précoces, qui ont essayé cette nouvelle technologie en premier. Mais cette entrée par le bas du marché, puis par le haut, elle, est inhabituelle.

 

La suite est plus classique. Après plusieurs années les capteurs numériques vont être intégrés à des appareils comparables à ceux qui utilisaient des dos numériques. Le premier reflex numérique est proposé par Nikon en 1999 (Nikon D1, 2,7 millions de pixels). En 2002, Canon va proposer le premier reflex "full frame (avec un capteur 24 x 36, soit la dimension classique des pellicules argentiques - en l'occurrence deux capteurs juxtaposés - pour un total,de 11 millions de pixels). Les professionnels et les amateurs les plus exigeants vont alors massivement basculer dans le numérique. Avec l'amélioration des capteurs et l'adaptation des optiques aux spécificités du numérique, le différentiel de qualité s'amenuise alors même que les avantages techniques sont nombreux : choix de la sensibilité, réglage de la balance des blancs, et bien sûr traitement facilité des images.

Mais en parallèle, le marché des appareils photo bon marché va suivre une évolution vers une qualité accrue : hausse de la résolution des capteurs, intégration des équipements des compacts argentiques (par exemple l'autofocus) et apparition de l'écran LCD permettant une visualisation de la photo directement sur l'appareil (proposé par Casio en 1995). La jonction s'établit avec l'apparition de reflex numériques grand public (Canon EOS 300D en 2003). En parallèle, les produits complémentaires se multiplient (imprimantes à jet d'encre "qualité photo", papier photo, logiciels spécialisés, cartes SD) : nous proposerons un autre article sur le rôle de ces produits complémentaires.

 

Les grandes marques de la photo argentique (Canon, Nikon, Olympus, Pentax...) vont alors reprendre le contrôle de l'essentiel du marché (des entreprises issues de l'électronique comme Panasonic et surtout Sony ont toutefois renforcé leur position) et la photo argentique va être marginalisée (ironiquement aux deux extrêmes du marché : quelques irréductibles chez les professionnels et les amateurs avertis, développant eux-mêmes leurs photographies, et le bas de la gamme où on trouve encore des appareil argentiques jetables).

 

Cet exemple montre que les modèles issues des recherches en économie, sociologie ou management de l'innovation doivent être considérés comme des points de repères utiles, mais pas comme des modèles mécanistes qui s'appliqueraient de la même manière à chaque fois.

 

Pascal Corbel

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Systèmes d’information, innovation et création de valeur : premiers enseignements du programme MINE France

21 Août 2010 , Rédigé par innopi.over-blog.com Publié dans #Publications : résumés et liens

Corbel, P. ; Denis, J.P. et Taha, R. « Systèmes d’information, innovation et création de valeur : premiers enseignements du programme MINE France », Cahiers du CIGREF n°2, septembre 2005, p.71-90

 

Résumé : L’articulation entre systèmes d’information, innovation et création de valeur (désormais SI – I – CV) est au carrefour de plusieurs problématiques « classiques » en management des systèmes d’information : comment évaluer l’impact des investissements en SI sur la performance de l’entreprise ? Comment transformer des investissements « techniques » en changement dans les pratiques de l’organisation ? Comment gérer les projets d’implémentation de nouvelles technologies liées au SI ? On retrouve ici les thèmes de l’évaluation des SI et de l’utilisation des TIC qui font l’objet de travaux approfondis – notamment dans le cadre du CIGREF. L’objectif du programme MINE France, dont cet article rend compte des premières avancées, n’est toutefois pas de creuser chacune de ces questions prises individuellement.

La recherche menée dans le cadre de ce programme est en effet d’abord fille d’une conviction : l’importance de dépasser une vision très techno-déterministe de l’investissement en SI pour articuler la question de la création de valeur associée au SI avec le thème de l’innovation. Ce thème ne recouvre pas seulement l’innovation en SI mais bien l’innovation rendue possible (et nécessaire) par le SI. Dans ces conditions, c’est l’efficacité de cette articulation, et non l’investissement en SI pris isolément, qui est seule susceptible d’être créatrice de valeur, c’est-à-dire génératrice de cash-flows futurs selon le langage financier.

L’article rend compte d’abord en détail des modalités concrètes d’organisation du programme MINE France. Le projet est de faire émerger de l’analyse des pratiques des entreprises participantes un nombre limité de configurations génériques d’articulations entre les trois grandes dimensions SI – I – CV. Ces pratiques sont appréhendées via des entretiens et la réalisation d’études de cas dans un double souci de robustesse théorique et empirique.

Les deux sections suivantes de l’article présentent les premières avancées du programme. L’objectif n’est pas d’ajouter de nouvelles recettes, aussi vite écrites et lues qu’oubliées. Une partie significative du travail de recherche a donc consisté à s’efforcer de poser le plus correctement possible le « problème » de l’articulation SI – I – CV au vu de la revue de la littérature et des premières investigations empiriques (deuxième partie). On verra ainsi qu’un investissement en SI est d’abord un investissement immatériel. Loin d’être banal, ce constat est porteur d’implications importantes fort justement recensées et analysées par B. de Montmorillon (2001) et qu’il convient d’intégrer. La plus importante est sans doute qu’un investissement immatériel ne peut créer qu’un potentiel d’amélioration des performances, et donc de création de valeur, et que sa concrétisation passe par d’autres voies que celles d’un investissement classique.

La troisième partie expose enfin les premiers résultats comparatifs issus des études de cas achevées ou en cours de réalisation. Si la conception des « configurations » SI – I – CV nécessitera de bien plus amples investigations, de premiers éléments de comparaison peuvent toutefois être apportés et des pistes dessinées.

 

Lien : Le cahier de recherche du Cigref n°2 peut être téléchargé sur le site de l'association.

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Différences entre ‘big pharmas’ et ‘biotechs’ – Qu’en disent leurs brevets ?

20 Août 2010 , Rédigé par innopi.over-blog.com Publié dans #Publications : résumés et liens

Bonhomme, Y. ; Corbel, P. et Sebai, J. « Différences entre ‘big pharmas’ et ‘biotechs’ – Qu’en disent leurs brevets ? », Actes de la XIVème Conférence Internationale de l'AIMS, Angers, juin 2005, article sélectionné pour le numéro spécial de la Revue française de gestion, vol.31, n°155, mars-avril 2005, p.117-133

 

Résumé : L’industrie pharmaceutique a connu au cours des deux dernières décennies une très forte évolution. Outre une augmentation des accords entre grands laboratoires pharmaceutiques, elle a vu émerger un ensemble de jeunes entreprises fondées sur des technologies de recherche innovantes, que l’on a tendance, de manière assez imprécise à rassembler sous l’étiquette d’entreprises de biotechnologies. Le fonctionnement de ces dernières entreprises nous semble être différent : fortes relations avec la science fondamentale, nombreux accords de coopération entre start-ups et entre start-ups et laboratoires « traditionnels ». Il nous a donc semblé intéressant de comparer les citations de brevets des principales entreprises des deux catégories. Quel en est le principe de cette méthode ? Chaque brevet comprend un certain nombre de citations destinées à refléter l’état de l’art au moment de sa publication, sur le même modèle que les références bibliographiques d’un article académique. Notre travail a consisté à analyser ces citations.

Cette recherche s’est déroulée dans un esprit d’exploration des possibilités et des limites de la méthode. Les points à mesurer ont donc émergé « chemin faisant ». L’échantillon est resté, pour des raisons pratiques, relativement limité : 4 laboratoires que nous pouvons qualifier de « traditionnels » et 3 grandes entreprises de biotechnologies. Notre étude a permis de faire émerger des différences entre ces deux types d’entreprises : 

- Les laboratoires pharmaceutiques citent des entreprises dont l’activité principale est la chimie plus abondamment que les « biotechs », ce qui semble indiquer qu’elles n’ont pas perdu leur ancrage dans ce secteur. 

- Les entreprises de biotechnologies conjuguent un nombre moyen de citations plus élevé et un moindre taux d’autocitation. Les deux indicateurs réunis peuvent indiquer une plus forte ouverture du processus de recherche de ces entreprises. 

- Les entreprises de biotechnologies citent davantage des brevets déposés par des universités ou des institutions de recherche fondamentale, confirmant le rôle des partenariats avec ce type d’organisations.

Ces différences sont cohérentes avec ce que l’on pouvait attendre compte tenu de la littérature sur le sujet. Elles permettent d’alimenter la réflexion sur la manière dont les entreprises en place peuvent gérer une révolution technologique comme l’émergence des biotechnologies : dans quelle mesure intègrent-elles les méthodes des nouveaux entrants (citation des entreprises de biotechnologies) ? Dans quelle mesure cela les conduit-elles à s’éloigner de leur métier d’origine (citations des entreprises de chimie) ? Tissent-elles le même type de lien avec les organisations productrices de connaissances de nature fondamentale (citation des universités et institutions de recherche) ?... Elles permettent également d’alimenter les réflexions sur les apports potentiels et les limites d’une telle méthode d’investigation.

 

Problématique : La problématique est double : il s’agit à la fois d’analyser les différences entre deux types d’entreprises potentiellement concurrentes et qui pourtant, dans la pratique, semblent plutôt avoir noué des relations permettant une forme de « coexistence symbiotique » (les grands laboratoires pharmaceutiques et les entreprises de biotechnologies) et de tester les potentialités et les limites d’une méthode encore peu utilisée dans le domaine du management stratégique : l’analyse des citations de brevets.

 

Méthodologie : Nous avons examiné les brevets d’une part de quatre laboratoires pharmaceutiques « classiques », choisis essentiellement pour leurs différences de taille (de 3 à 40 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2003) et d’origine géographique (un Américain, deux Européens, un Japonais) et les trois plus grandes entreprises usuellement classées dans la catégorie des entreprises de biotechnologies par le chiffre d’affaires.  L’ensemble des brevets déposés en 2003 aux Etats-Unis par ces 7 entreprises ont été examinés soit 723 brevets et 4 269 citations. Pour chaque citation nous avons classé l’entreprise citée dans l’une des catégories suivantes :

- Autocitation : entreprise appartenant au groupe de l’entreprise « citante » ;

- Laboratoire pharmaceutique : autres entreprises du secteur de la pharmacie ;

- Entreprise du secteur de la chimie ou d’autres industries proches (ex. cosmétique) ;

- Autres entreprises ;

- Universités et institutions de recherche.

Nous avons ensuite procédé à une analyse comparée des résultats obtenus entreprise par entreprise en mettant plus particulièrement en exergue les différences entre grands laboratoires pharmaceutiques et entreprises spécialisées dans les biotechnologies.

 

Principaux repères bibliographiques : Les références bibliographiques sont principalement de deux natures :

- Méthodologiques : travaux de Jaffe, Tratjenberg et leurs collègues sur les citations de brevets, par exemple :

  •  
    • Trajtenberg, M. (1990) “A penny for your quotes: patent citations and the value of innovations”, RAND Journal of Economics, vol.21, n°1, p.172-187
    • Jaffe, A.B., Fogarty, M.S., Banks, B.A. (1998) “Evidence from patents and patent citations on the impact of NASA and other federal labs on commercial innovation”, The Journal of Industrial Economics, vol.XLVI, n°2, p.183-205
    • Jaffe, A.B. et Trajtenberg, M. (1999) “International knowledge flows: evidence from patent citations”, Economics of Innovation and New Technology, vol.8, p.105-136

- Empiriques : travaux déjà effectués avec d’autres méthodes sur la pharmacie et les biotechnologies, de manière à les confronter à nos propres résultats, par exemple :

  •  
    • Rothaermel, F.T. (2001) “Complementary assets, strategic alliances, and the incumbent’s advantage: an empirical study of industry and firm effects in the biopharmaceutical industry”, Research Policy, vol.30, p.1235-1251
    • Walsh, V. et Lofordos, G. (2002) « Technological and Organizational Innovation in Chemicals and Related Products », Technology Analysis & Strategic Management, vol.14, n°3, p.273-298

 

Lien : L'article au format PDF peut être téléchargé sur le site de l'AIMS.

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