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Différences entre ‘big pharmas’ et ‘biotechs’ – Qu’en disent leurs brevets ?

20 Août 2010 , Rédigé par innopi.over-blog.com Publié dans #Publications : résumés et liens

Bonhomme, Y. ; Corbel, P. et Sebai, J. « Différences entre ‘big pharmas’ et ‘biotechs’ – Qu’en disent leurs brevets ? », Actes de la XIVème Conférence Internationale de l'AIMS, Angers, juin 2005, article sélectionné pour le numéro spécial de la Revue française de gestion, vol.31, n°155, mars-avril 2005, p.117-133

 

Résumé : L’industrie pharmaceutique a connu au cours des deux dernières décennies une très forte évolution. Outre une augmentation des accords entre grands laboratoires pharmaceutiques, elle a vu émerger un ensemble de jeunes entreprises fondées sur des technologies de recherche innovantes, que l’on a tendance, de manière assez imprécise à rassembler sous l’étiquette d’entreprises de biotechnologies. Le fonctionnement de ces dernières entreprises nous semble être différent : fortes relations avec la science fondamentale, nombreux accords de coopération entre start-ups et entre start-ups et laboratoires « traditionnels ». Il nous a donc semblé intéressant de comparer les citations de brevets des principales entreprises des deux catégories. Quel en est le principe de cette méthode ? Chaque brevet comprend un certain nombre de citations destinées à refléter l’état de l’art au moment de sa publication, sur le même modèle que les références bibliographiques d’un article académique. Notre travail a consisté à analyser ces citations.

Cette recherche s’est déroulée dans un esprit d’exploration des possibilités et des limites de la méthode. Les points à mesurer ont donc émergé « chemin faisant ». L’échantillon est resté, pour des raisons pratiques, relativement limité : 4 laboratoires que nous pouvons qualifier de « traditionnels » et 3 grandes entreprises de biotechnologies. Notre étude a permis de faire émerger des différences entre ces deux types d’entreprises : 

- Les laboratoires pharmaceutiques citent des entreprises dont l’activité principale est la chimie plus abondamment que les « biotechs », ce qui semble indiquer qu’elles n’ont pas perdu leur ancrage dans ce secteur. 

- Les entreprises de biotechnologies conjuguent un nombre moyen de citations plus élevé et un moindre taux d’autocitation. Les deux indicateurs réunis peuvent indiquer une plus forte ouverture du processus de recherche de ces entreprises. 

- Les entreprises de biotechnologies citent davantage des brevets déposés par des universités ou des institutions de recherche fondamentale, confirmant le rôle des partenariats avec ce type d’organisations.

Ces différences sont cohérentes avec ce que l’on pouvait attendre compte tenu de la littérature sur le sujet. Elles permettent d’alimenter la réflexion sur la manière dont les entreprises en place peuvent gérer une révolution technologique comme l’émergence des biotechnologies : dans quelle mesure intègrent-elles les méthodes des nouveaux entrants (citation des entreprises de biotechnologies) ? Dans quelle mesure cela les conduit-elles à s’éloigner de leur métier d’origine (citations des entreprises de chimie) ? Tissent-elles le même type de lien avec les organisations productrices de connaissances de nature fondamentale (citation des universités et institutions de recherche) ?... Elles permettent également d’alimenter les réflexions sur les apports potentiels et les limites d’une telle méthode d’investigation.

 

Problématique : La problématique est double : il s’agit à la fois d’analyser les différences entre deux types d’entreprises potentiellement concurrentes et qui pourtant, dans la pratique, semblent plutôt avoir noué des relations permettant une forme de « coexistence symbiotique » (les grands laboratoires pharmaceutiques et les entreprises de biotechnologies) et de tester les potentialités et les limites d’une méthode encore peu utilisée dans le domaine du management stratégique : l’analyse des citations de brevets.

 

Méthodologie : Nous avons examiné les brevets d’une part de quatre laboratoires pharmaceutiques « classiques », choisis essentiellement pour leurs différences de taille (de 3 à 40 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2003) et d’origine géographique (un Américain, deux Européens, un Japonais) et les trois plus grandes entreprises usuellement classées dans la catégorie des entreprises de biotechnologies par le chiffre d’affaires.  L’ensemble des brevets déposés en 2003 aux Etats-Unis par ces 7 entreprises ont été examinés soit 723 brevets et 4 269 citations. Pour chaque citation nous avons classé l’entreprise citée dans l’une des catégories suivantes :

- Autocitation : entreprise appartenant au groupe de l’entreprise « citante » ;

- Laboratoire pharmaceutique : autres entreprises du secteur de la pharmacie ;

- Entreprise du secteur de la chimie ou d’autres industries proches (ex. cosmétique) ;

- Autres entreprises ;

- Universités et institutions de recherche.

Nous avons ensuite procédé à une analyse comparée des résultats obtenus entreprise par entreprise en mettant plus particulièrement en exergue les différences entre grands laboratoires pharmaceutiques et entreprises spécialisées dans les biotechnologies.

 

Principaux repères bibliographiques : Les références bibliographiques sont principalement de deux natures :

- Méthodologiques : travaux de Jaffe, Tratjenberg et leurs collègues sur les citations de brevets, par exemple :

  •  
    • Trajtenberg, M. (1990) “A penny for your quotes: patent citations and the value of innovations”, RAND Journal of Economics, vol.21, n°1, p.172-187
    • Jaffe, A.B., Fogarty, M.S., Banks, B.A. (1998) “Evidence from patents and patent citations on the impact of NASA and other federal labs on commercial innovation”, The Journal of Industrial Economics, vol.XLVI, n°2, p.183-205
    • Jaffe, A.B. et Trajtenberg, M. (1999) “International knowledge flows: evidence from patent citations”, Economics of Innovation and New Technology, vol.8, p.105-136

- Empiriques : travaux déjà effectués avec d’autres méthodes sur la pharmacie et les biotechnologies, de manière à les confronter à nos propres résultats, par exemple :

  •  
    • Rothaermel, F.T. (2001) “Complementary assets, strategic alliances, and the incumbent’s advantage: an empirical study of industry and firm effects in the biopharmaceutical industry”, Research Policy, vol.30, p.1235-1251
    • Walsh, V. et Lofordos, G. (2002) « Technological and Organizational Innovation in Chemicals and Related Products », Technology Analysis & Strategic Management, vol.14, n°3, p.273-298

 

Lien : L'article au format PDF peut être téléchargé sur le site de l'AIMS.

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