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Articles récents

Les spécificités du recrutement dans les start-up liées aux NTIC

15 Août 2010 , Rédigé par innopi.over-blog.com Publié dans #Publications : résumés et liens

Corbel, P. « Les spécificités du recrutement dans les start-up liées aux NTIC », Actes du XIIème Congrès de l'AGRH (Association francophone de Gestion des Ressources Humaines), Liège, septembre 2001

 

Résumé : Ce papier présente une étude empirique réalisée à partir de sources multiples dans un esprit de triangulation (examen d’annonces, questionnaires et entretiens). Elle met en relief certaines des particularités du processus de recrutement dans les start-up dont les activités sont principalement tournées vers Internet : une utilisation forte des NTIC mais aussi un parcours simplifié. Ces dernières peuvent s’expliquer par des contraintes temporelles (délais) et financières. Nous soulignons les risques d’une telle orientation.

 

Lien : Les actes de ce colloque sont disponibles (en bloc) sur le site de l'AGRH.

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EDF’s History: Strength or Weakness for the Future

15 Août 2010 , Rédigé par innopi.over-blog.com Publié dans #Publications : résumés et liens

Corbel, P. « EDF’s History: Strength or Weakness for the Future », présenté au 17ème colloque annuel de l’EGOS (European Group for Organization Studies), Lyon, juillet 2001

 

Abstract : This paper aims at analysing the problem of organizational inertia in front of changes in the environment through the study of the history of a fifty-five year old firm : Electricité de France (EDF). The main factors highlighted by existing theories in terms of routines, structure rigidities, culture, accumulation of specific competences or sunk costs will be examined in this specific case. This study shows that EDF has always succeeded in adapting itself to environmental changes as long as these changes were not in frontal opposition to these different elements, which is partially the case today.

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Les relations progrès technique-emploi : le cas de l'industrie électronucléaire

15 Août 2010 , Rédigé par innopi.over-blog.com Publié dans #Publications : résumés et liens

Corbel, P., Les relations progrès technique-emploi : le cas de l'industrie électronucléaire, thèse de doctorat en sciences de gestion sous la direction d'A. Maïsseu, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, septembre 2000

 

Résumé : Le but de cette thèse est d’apporter un nouvel éclairage au problème des relations entre progrès technique et emploi. Elle vise à mieux comprendre les mécanismes en jeu de manière à ce qu’ils puissent être intégrés davantage en amont dans la stratégie technologique des entreprises. Dans cette optique, le Titre I combine donc des concepts et des outils historiques, économiques, sociologiques et de gestion des ressources humaines. Nous avons ainsi pu constater que ces approches convergeaient sur certains points clés : notamment un raisonnement en termes de systèmes techno-économiques et l’importance croissante du savoir. Nous tentons d’en analyser les conséquences potentielles pour la gestion des entreprises. Nous avons également élaboré une méthode permettant d’évaluer les effets sur l’emploi d’une nouvelle technologie à partir des effets de compensation engendrés par cette dernière, que nous avons appliqué à l’industrie électronucléaire. Si le modèle complet n’a pu être appliqué qu’à la France, une enquête menée au niveau mondial nous a permis de collecter des données permettant des comparaisons internationales. En plus de montrer qu’une industrie très capitalistique peut générer un grand nombre d’emplois, essentiellement indirects ou induits, ce qui rend leur évaluation d’autant plus délicate, cette étude montre qu’à partir du même choix technique de base, on peut aboutir à des situations très différentes en matière d’emploi en fonction de la stratégie suivie pour le mettre en œuvre.

 

Résumé détaillé :

La mise en œuvre de nouvelles technologies est un problème potentiellement difficile à gérer pour les entreprises. La technologie joue en effet sur la culture et l'identité d'une entreprise, mais aussi sur les compétences des individus qui la composent et donc sur les rapports de dépendance à internes. L'introduction de nouvelles technologies est donc potentiellement génératrice d'angoisse. Or, des études ont montré que cette angoisse et les risques de dysfonctionnements associés étaient augmentés si des emplois étaient menacés. Alors qu'un large consensus se dégage autour du fait que les entreprises doivent actuellement faire face à des mutations technologiques profondes, comprendre les relations entre le progrès technique et l'emploi apparaît important pour mieux maîtriser la gestion des projets de mise en œuvre de nouvelles technologies. Le but de cette thèse est d'apporter un nouvel éclairage à ces relations.

 

L'introduction développe ces arguments en montrant pourquoi il est important pour les entreprises de bien comprendre ces relations alors même que l'abondance de la littérature disponible sur le sujet n'empêche pas les approches simplificatrices et partiales de prendre souvent le pas sur l'analyse approfondie des mécanismes en jeu. Elle présente également quelques précisions sur les termes progrès technique, invention, innovation et technologie. La thèse est composée de deux grands "titres", l'un visant à faire le point sur les connaissances existantes concernant les relations progrès technique-emploi, l'autre appliquant certaines des idées-clés relevées dans le Titre I au cas de l'industrie électronucléaire.

 

Le Titre I "Introduction aux principales problématiques des relations progrès technique-emploi" reprend les principales approches développées dans la littérature existante : la problématique historique, la problématique économique et la prise en compte des aspects qualitatifs. L’approche historique permet d'aborder le problème sous l'angle de la coïncidence éventuelle des périodes de mutation technologique et de chômage. On aboutit à une conclusion nuancée d'où il ressort notamment l'importance des liens entre croissance économique et évolutions techniques, ainsi que le concept de système technique. L’approche économique permet de développer les relations de compensation entre les destructions d'emplois "mécaniques" liée à l'augmentation de la productivité permise par l'introduction de nouvelles technologies et les effets de cette augmentation sur les salaires, les profits, les prix et le temps de travail. Des approches plus critiques, comme celle du courant marxiste, ou plus dynamiques, comme les approches schumpeterienne et post-schumpeterienne (évolutionniste) sont également abordées. Enfin, les conséquences qualitatives sont abordées en utilisant notamment une partie de l'abondante littérature sociologique et le sujet. L'auteur en tire un certain nombre de conclusions sur le rôle de la fonction gestion des ressources humaines dans la mise en œuvre mais aussi l'élaboration de la stratégie technologique des entreprises. Le Titre I se termine par une "tentative de synthèse" qui insiste sur deux points fondamentaux de convergence : le raisonnement en termes de systèmes techno-économiques et le rôle central du facteur savoir, et sur leurs conséquences pour l'entreprise.

 

Le Titre II est divisé en deux grandes parties, l'une traitant de l'industrie électronucléaire mondiale et l'autre développant davantage le cas français. Les deux parties commencent par une présentation du contexte dans lequel évoluent les entreprises étudiées. Les industries productrices d'énergie ont en effet vu se succéder récemment des crises importantes, ainsi que des bouleversements technologiques et réglementaires considérables.

L'impact sur l'emploi (direct et indirect - à travers les principales variables de "compensation" développées dans le Titre I) est mesuré au niveau mondial à travers une enquête par questionnaire réalisée sur l'ensemble des centrales nucléaires dans le monde. Les réponses provenant aussi bien de centrales individuelles que de grands groupes possédant plusieurs centrales, les mesures habituelles en termes de taux de réponse n'ont pas grand sens. Les réponses couvrent un peu plus du tiers des réacteurs dans le monde et 40% des capacités. L'échantillon est assez représentatif en termes de filières technologiques et d'âge des centrales, mais souffre de quelques biais en termes géographiques. L'analyse de l'impact sur l'emploi, est différenciée en fonction des phases de la vie d'une centrale : construction, exploitation, arrêt et démantèlement. La qualité des données varie selon les phases mais permet de tirer quelques tendances intéressantes en termes de diversité des situations et d'évolution de l'impact au cours du cycle de vie. Il apparaît donc qu'une analyse en termes de moyennes mondiales est peu significative, ce qui conduit à la nécessité d'une analyse plus fine. De plus, les résultats varient d'une entreprise à l'autre utilisant des technologies similaires (i.e. la même filière technologique : réacteurs à eau sous pression, réacteurs à uranium naturel…). Une typologie des stratégies suivies par les acteurs des principaux pays utilisant l'énergie nucléaire est donc élaborée pour permettre une analyse de ces relations.

La seconde partie du Titre II se consacre essentiellement à une analyse plus approfondie du cas français. Un outil de mesure de l'impact sur l'emploi d'une nouvelle technologie, appelée méthode C/D, comme Compensation/Déversement est élaboré à partir des théories économiques de la compensation. Il est ensuite utilisé, couplé à la méthode input-output de Léontief, pour mesurer l'impact direct, indirect et induit de l'industrie électronucléaire en France. Les résultats sont présentés en fonction de l'utilisation qu'une entreprise (en l'occurrence EDF) pourrait faire d'un tel outil dans le cadre de la mise en œuvre d'une nouvelle technologie. L'impact global brut apparaît être de 100 000 à 120 000 emplois, dont seulement 20 000 emplois directs et 50 000 emplois indirects. L'importance des emplois indirects et induits pose un problème particulier en termes de GPEC : comment gérer les effets de compensation si les effets positifs pour l'emploi se situent essentiellement à l'extérieur de l'entreprise qui introduit la technologie ?

La thèse se termine par une étude comparative, fondée sur les données obtenues par le questionnaire et sur d'autres documents (notamment des études approfondies sur les Etats-Unis et le Canada) pour tenter d'établir des liens entre la stratégie choisie et l'impact sur l'emploi. L'étude comparative approfondie de la France, des Etats-Unis, du Canada et du Japon permet d'isoler certains facteurs explicatifs : le choix de la filière technologique, mais également le degré d'intégration et de standardisation, ainsi que la volonté et la capacité des différents acteurs à exporter leurs technologies semblent avoir un impact significatif sur la quantité d'emplois créés.

 

Ce travail de recherche s'est donc traduit par l'élaboration d'un outil de prévision de l'impact quantitatif d'une technologie sur l'emploi susceptible d'être utilisé dans le cadre de systèmes de GPEC. Si certains aspects de l'impact qualitatif sont pris en compte dans l'étude de cas (au niveau mondial comme au niveau français), il ne le sont toutefois pas directement à travers l'outil de prévision, ce qui constitue l'une de ses principales limites.

L'étude de cas en elle même permet de confirmer certaines des tendances développées dans la littérature existante, mais aussi d'insister sur les aspects contingents de l'impact de l'introduction de nouvelles technologies. La stratégie technologique de l'entreprise semble en effet modifier les résultats obtenus, ce qui milite pour une prise en compte plus en amont dans le processus d'élaboration de la stratégie du problème de l'impact de l'introduction de nouvelles technologies sur l'emploi.

 

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The Application of New Technologies in the Field of Energy Production and its Effects on Employment in Western Europe

14 Août 2010 , Rédigé par innopi.over-blog.com Publié dans #Publications : résumés et liens

Corbel, P. ; Izard, S. et Maïsseu, A. « The Application of New Technologies in the Field of Energy Production and its Effects on Employment in Western Europe », Cahiers du LAREGO, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, n°22/97 - article présenté par S. Izard au VIIème congrès annuel de l'IAMOT (International Association for the Management Of Technology), février 1996

 

Abstract : The paper is aimed at evaluating the impact on employement of the application of a new technology in the field of energy production: the LSE process. This process consists in liquefying coal and changing it into diesel and gasoline. This article is based on different scenarios concerning the output of fuel produced from coal in Europe. The results show that this new technology would have positive effects on both employment and dependence of European countries on foreign energy supply. The main reason is that it entails a shift from the tapping of natural resources to a more intensive use of human resources, clearly supporting the optimistic theories concerning the relation between technological changes and employment.

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Faut-il supprimer les brevets sur les éco-innovations ?

14 Août 2010 , Rédigé par innopi.over-blog.com Publié dans #Sujets à débats

Le brevet d'invention est un instrument compliqué. D'un côté, par le monopole qu'il confère à son détenteur sur l'invention brevetée, il constitue une incitation à innover. De l'autre, pour les mêmes raisons, il freine la diffusion de l'innovation.

Ce dilemme, qui a fait l'objet de très nombreux travaux d'économistes, est en temps normal géré par un ajustement de la durée et de la portée des brevets (durée de monopole suffisante pour l'incitation, mais pas trop longue ; brevets pouvant protéger des inventions de base, mais en évitant autant que possible les monopoles sur des marchés importants et des situations de blocage s'il y a plusieurs détenteurs de brevets clés). Dans des cas exceptionnels, on peut également recourir aux licences obligatoires.

Mais la situation écologique de notre planète constitue un cas très particulier :

- il est mondial. Or, les pays qui sont le plus susceptibles de développer des technologies susceptibles d'aider à gérer le problème (les pays développés) ne sont pas les mêmes que ceux qui vont le plus en souffrir (la plupart des pays d'Afrique et certains pays d'Asie) - voir notamment, l'analyse alarmante mais cruellement pertinente d'Harald Welzer ("Les guerres du climat - Pourquoi on tue au XXIe siècle", Gallimard, 2009) ;

- il est urgent. La plupart des rapports indiquent clairement que, pour maintenir la hausse moyenne de température dans des proportions supportables, la réduction des émissions de gaz à effets de serre doit intervenir maintenant. On ne peut manifestement pas se permettre d'attendre l'expiration des brevets (ceux qui sont déposés aujourd'hui expireront dans vingt ans).

Le dilemme est donc rendu ici plus aigü puisque le caractère mondial du problème rend difficilement utilisable des solutions telles que les licences obligatoires et que les deux dimensions liées au monopole associé au brevet sont exacerbées : d'un côté on a un fort besoin d'incitation à travailler sur ces problématiques ; de l'autre, il faut aussi que ces nouvelles technologies se diffusent rapidement. Or, supprimer les brevets sur ce type de technologies (outre la difficulté à clairement les délimiter) pourrait accélérer leur diffusion, mais pourrait aussi réduire la R&D privée sur ce sujet. Que peut-on donc envisager comme solutions ?

Les états occidentaux doivent logiquement jouer leur rôle en finançant des programmes de recherche dans ces domaines. Les évaluations du coût des changements climatiques en cours justifient en effet d'investir dans des technologies destinées à en freiner les effets, même en restant strictement au niveau financier. Par ailleurs, d'un point de vue éthique, ces états sont les principaux responsables de cette situation (même si les pays émergents commencent à jouer un rôle important) : il est donc logique qu'ils assument les coûts correspondants. Mais si des programmes de recherche dans divers domaines liés à l'environnement (et notamment la maîtrise de la consommation d'énergie) sont effectivement lancés, il s'agit essentiellement de recherches "amont". Les entreprises industrielles sont le plus souvent les seules à pouvoir les transformer en produits commercialisables. Atténuer fiscalement les coûts de développement peut y contribuer, mais la recherche d'un avantage concurrentiel restera la principale incitation efficace.

Donc, si on admet qu'il faut conserver un régime de brevets, comment inciter les entreprises à limiter leurs marges pour favoriser une diffusion rapide ? D'abord, il convient de rappeler que les entreprises ont un certrain nombre d'incitations "naturelles" : la pression concurrentielle, quand la technologie brevetée n'est pas suffisamment différenciante pour éliminer les concurrents (ce qui est quand même le cas le plus courant) et la possibilité de rentabiliser plus rapidement et directement leur investissement en accordant des licences sur ces mêmes brevets. Des incitations complémentaires pourraient les compléter : des incitations fiscales (classique !) mais aussi la mise en oeuvre d'instruments plus spécifiques. Pourquoi, par exemple, les pouvoirs publics, en s'appuyant sur les institutions publiques de recherche, ne créeraient-ils pas des pools de brevets sur différentes thématiques liées à l'innovation. Ces derniers pourraient "amorcer la pompe" en leur confiant un certain nombre de brevets détenus par des organismes de recherche publics, des universités et ensuite inciter les entreprises à faire de même : plusieurs cas (par exemple le standard vidéo MPEG) montrent que les entreprises privées sont capables de mettre en place ce type de montage entre elles. Evidemment, il ne s'agit pas d'une solution miracle (il y a par exemple un risque que les entreprises ne confient pas à ces pools leurs brevets les plus intéressants, mais seulement des brevets à moindre potentiel, qu'il serait difficile de valoriser autrement). Mais la situation est suffisamment préoccupante pour que l'on expérimente de nouvelles idées, pas seulement au niveau technologique, mais aussi au niveau institutionnel.

 

Pascal Corbel

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Apple est-elle une entreprise innovante ?

5 Août 2010 , Rédigé par OverBlog Publié dans #Histoires d'innovations

Bon d'accord. La question est un peu provoquante. Comment pourrait-on mettre en doute le caractère innovant d'une telle entreprise ? Une entreprise de pointe dans des secteurs "high-tech" comme la micro-informatique ou la téléphonie mobile, qui a déposé plus de 3 300 brevets (au sens de "familles de brevets" pour les spcécialistes) depuis sa création et qui a joué un rôle majeur dans la diffusion d'innovations parmi les plus marquantes de ces dernières décennies : interface graphique, souris, PDA, appareil photo numérique, baladeur numérique, commerce électronique, smartphones... Mais justement. C'est là qu'une analyse plus fine de ces "innovations" d'Apple peut conduire à une vision plus nuancée.

On distingue en général, en matière de gestion de l'innovation, le pionnier, premier à proposer une innovation créatrice d'un nouveau (segment de) marché, et les suiveurs, qui peuvent être précoces ou tardifs. On a tendance, en général, à assimiler pionnier et innovateur. Pourtant les suiveurs ne sont pas nécessairement des imitateurs serviles. Ils peuvent, eux aussi, être innovants. Or, ce qui est intéressant ici, c'est qu'alors que la "légende Apple" l'assimile à un grand pionnier dans plusieurs domaines, son histoire nous enseigne qu'Apple a été globalement bon en tant que "suiveur innovant" mais que les rares cas où il a été pionnier se sont traduits par des échecs.

Reconstituons ainsi les grandes lignes des innovations qui ont émaillé l'histoire d'Apple :

- Le micro-ordinateur : Apple fait partie des premières entreprises à avoir commercialisé des micro-ordinateurs, dès 1976. Mais elle arrive après MITS ou Imsaï. Son Apple II, lancé en 1977, marque toutefois un tournant important dans l'histoire de la micro-informatique, par son succès (premier micro-ordinateur dont les ventes se comptent en millions d'exemplaires), mais aussi parce qu'il intègre plusieurs des caractéristiques qui rendent ces nouveaux ordinateurs plus agréables à utiliser, en particulier un écran couleur, et très rapidement, un lecteur de disquettes. Même s'il ne faut pas négliger le rôle du hasard dans ce succès (le premier tableur, Visicalc, a été programmé à l'origine sur un Apple II), Apple a su dès le départ reprendre un concept existant et l'améliorer pour mieux l'adapter aux besoins des consommateurs.

- L'interface graphique et la souris : c'est peut-être l'innovation la plus marquante du mythe Apple. Avant le Macintosh : des instructions qu'il fallait mémoriser pour réaliser la moindre opération ; après : une interface intuitive permettant à n'importe qui d'utiliser ces merveilleuses machines. Oui. Sauf que Apple a "emprunté" (tout à fait légalement au demeurant, en échange d'une prise de participation de Xerox à son capital) ces idées au Palo Alto research Center (le célèbre "PARC") de Xerox. Apple intègre d'abord ces innovations dans un micro-ordinateur nommé "Lisa" qui sera un échec cuisant, notamment du fait de son prix (10 000 $ en 1983 !), puis dans une version simplifiée et moins chère (plus de 2 000 $ tout de même) : le fameux Macintosh. Lui même connaîtra d'abord, après un bel accueil (100 000 exemplaires vendus en 6 mois), un succès très mitigé du fait notamment d'une mémoire insuffisante. Les ventes ne redécolleront qu'en 1986, avec le Mac 512, l'imprimante laser haute définition assortie et le lancement par Aldus du premier logiciel de publication assistée par ordinateur : Pagemaker, donnant ainsi à Apple un avantage concurrentiel durable sur ce domaine particulier. Mais le principe de l'interface graphique n'est pas protégé et le concept sera repris par plusieurs éditeurs, dont Microsoft avec Windows, dès 1985.

- Le micro-ordinateur portable : Apple est depuis longtemps à la pointe de ce segment avec des machines qui se ditinguent par leur design et leur finesse. Les premiers ordinateurs transportables ont été introduit par Compaq dès le milieu des années 1980, Apple ne réagissant qu'en 1989 avec un micro portable de 7,2 kg. Ce n'est qu'en 1991 avec ses Powerbook qu'Apple s'est remis à niveau.

- Le PDA (personal digital assistant, ou assistant numérique personnel) est beaucoup moins présent dans le mythe Apple. Pourtant, Apple est bien le pionnier sur ce marché avec le Newton de 1993 (même si d'autres peuvent également revendiquer la parternité de cette innovation). Mais ce sera un échec : moins de 200 000 exemplaires écoulés avant son retrait en 1998. Entre temps, Palm avait fait ce qu'Apple fait habituellement si bien : reprendre le concept et le rendre plus simple, plus facile à utiliser, avec un très grand succès.

- L'appareil photo numérique : Apple n'a pas été le pionnier (c'est Sony) mais a été parmi les premiers à lancer un appareil de ce type en 1994 : le QuickTake. Sans grand succès. Les ventes d'appareils photo numériques ne vont véritablement décoller que dans la deuxième moitié des années 1990 quand les grandes marques de la photographie vont proposer leurs propres produits.

- Le baladeur numérique existait avant qu'Apple introduise son iPod (à l'époque comme un accessoire complémentaire à l'iMac). Ensuite, Apple a rarement été le premier à introduire des avancées techniques majeures : disque dur, vidéo... Le français Archos, en particulier, l'a souvent devancé. Mais Apple a su rendre son produit esthétique, simple à utiliser et a parfaitement utilisé les effets de mode.

- Apple n'est pas non plus le premier à avoir eu l'idée de vendre de la musique en ligne. Mais il a su proposer des solutions à la fois technologiques et juridiques satisfaisantes pour les maisons de disques (voir l'article de recherche publié par Christophe Roquilly dans la revue M@n@gement sur la question) et il a ainsi pu proposer une offre quantitativement et qualitativement nettement supérieure à ses concurrents (du moins pendant plusieurs années).

- Le concept de "smartphone" n'a pas davantage été inventé par Apple. Ce n'est d'ailleurs même pas le premier à avoir connu le succès sur ce segment (c'est RIM avec son Balckberry). Par contre, il a su, là encore, rendre ce produit plus facile à utiliser, lui donner un caractère distinctif (notamment avec son écran tactile) et en faire un phénomène de mode grâce notamment à une communication remarquablement orchestrée.

- Quid du concept de "tablet PC" ? Apple cherche à créer une catégorie particulière pour un produit qui emprunte beaucoup au concept de livre électronique (un secteur qui a donné lieu à de nombreuses introductions de produits à la fin des années 1990 et relancé récemment par le Kindle d'Amazon) en lui ajoutant une dimension multimédia (pour faire oublier qu'on pourrait l'assimiler à un iPhone géant... qui ne pourrait pas téléphoner ?). Mais l'idée est peut-être effectivement d'Apple : il semble que plusieurs des idées à l'origine de l'iPad proviennent des avant-projets du Newton...

Ce retour sur l'histoire d'Apple n'a pas pour but de réduire le mérite d'Apple et de ses dirigeants, ni, malgré le titre de l'article, de réellement lui contexter le titre d'entreprise innovante. Mais elle conduit à relativiser une analyse simpliste qui consisterait à voir en sa capacité d'innovation la compétence stratégique centrale d'Apple. La réalité est plus complexe : historiquement, Apple s'est avérée particulièrement douée lorsqu'il s'est agit de reprendre des concepts existants, de les modifier pour les rendre plus accessibles et plus attractifs et de les lancer avec une communication pertinente. L'entreprise s'est montrée beaucoup moins convaincante les rares fois où elle a vraiment joué le rôle de pionnier.

Il ne faut pas oublier que l'innovation est risquée. Et si Apple semble surfer depuis le retour de Steve Jobs sur une vague d'innovations réussies, une analyse plus critique conduirait à constater qu'elle en prend se plus en plus. Le point de départ a été de redonner un petit peu de valeur différenciatrice à ses micro-ordinateurs, plus chers et de plus en plus proches techniquement des PC. Elle a commencé par des innovations en matière de design (les coques multicolores de l'iMac), puis a introduit un système plus stable que Windows (Mac OS X) et a proposé gratuitement quelques logiciels complémentaires : iMovie, iTunes... l'Ipod a d'abord été lancé comme un produit complémentaire de ce petit logiciel de gestion des fichiers musicaux. Face au succès recontré, Apple a su à temps en faire un produit à part entière, également compatible avec les PC. L'entreprise a ensuite voulu renouveler le succès avec l'iPhone. C'était déjà beaucoup plus risqué mais remarquablement géré. Alors, il fallait bien trouver un nouveau relais de croissance. Innovant bien sûr. D'où l'iPad...

Je ne peux que vous inviter en conclusion, à lire la remarquable analyse de Jean-Philippe Denis sur la manière dont Apple tombe dans une des dérives les plus courantes de la stratégie : réappliquer les recettes qui ont fonctionné, même dans un contexte différent... Et ce serait clairement une erreur de penser que le succès d'Apple est lié au fait qu'elle innove plus que les autres.

 

Pascal Corbel

 

Sources : Apple est peut-être l'entreprise sur laquelle se focalise le plus les médias au cours de ces dernières années. Il n'est donc pas difficile de trouver des informations dessus. La reconstitution de l'historique doit toutefois beaucoup au site web "L'aventure d'Apple".

 

 

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